Le Poitou-Charentes est à l’honneur sur l’édition 2012 de La Terre est notre métier. Une occasion de découvrir l’agriculture biologique de cette région de grandes cultures.

Une conférence qui portera sur l’eau, intitulée « Reconquête de la qualité de l’eau grâce à la bio. Exemples en Poitou-Charentes », se tiendra dimanche 14 octobre dans la salle La Bretagne, de 13h30 à 14h45.
Les intervenants seront Benoît BITEAU, vice-président du Conseil Régionale de Poitou-Charentes et président de la commission agriculture et ruralité, et Guillaume RIOU, président d’Agrobio Poitou-Charentes.

Guillaume RIOU a bien voulu nous parler du Programme Re-Source, programme mis en place par le Conseil Régional, pour agir sur la qualité de l’eau dans la région. Un projet qui s’appuie sur une volonté de changer les comportements, pour réduire et limiter les impacts de l’Homme, via ses pratiques professionnelles ou individuelles, sur la ressource en eau.
 

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le Programme Re-Source, du point de vue de l’agriculture?

 
Ce programme a été mis en place afin d’agir sur deux volets.
Tout d’abord, auprès des institutionnels, avec différents partenaires, comme l’Agence de l’Eau, ou Agrobio, pour l’aspect qualitatif (sur les nitrates et les phytos). Ensuite, auprès des paysans. Le GRAB (Groupement Régional des Agriculteurs Biologiques) fait le diagnostique du territoire pour voir ce qui est possible, quel plan peut être mis en place : il faut que ce soit viable de manière géologique, environnementale et économique. Le GRAB s’adresse aux paysans bio ou non, le but étant de diminuer les intrants, sans distinction du modèle agricole.
Un partenariat avec les syndicats d’eau existe car il faut qu’ils soient partie prenante de l’action.
 

Quelles sont les principales étapes de ce programme ?

 
Le travail se fait en cinq étapes.
La première chose est d’établir un diagnostic du territoire.
Deuxièmement, des visites de fermes bio en démonstration sont proposées, afin de sensibiliser les agriculteurs conventionnels sur le terrain. Ces agriculteurs sont invités à des réunions d’informations sur le négoce, les coopératives, le couplage zone en eau et céréalière, le captage d’eau potable… Les territoires concernés sont à dominante grandes cultures.
On quitte ensuite le niveau collectif pour passer au niveau individuel, et faire une simulation technico-économique. On cherche à faire en sorte que les rotations soient cohérentes, pour faire descendre le taux de nitrates.
La ferme entre ensuite en période de conversion.
Après quoi, le travail de suivi se met en place. Il faut que les paysans soient suivis : d’un côté, il y a deux grands groupes d’échanges qui fonctionnent bien sur la région, avec une vingtaine de paysans, et de l’autre côté, il y a l’expérimentation directement dans les champs. Des conventions de partenariat avec les chambres sont là, qui mettent à disposition du temps pour l’expérimentation efficiente de l’azote.
 

Quels sont les moyens mis en œuvre pour la réalisation de ce programme ?

 
Le GRAB est présent et peut déléguer aux syndicats agricoles, ainsi qu’aux chambres régionales et départementales de l’agriculture.
Il fait la coordination, mais également la structuration des filières, environnementales et économiques, pour aider et accompagner à la conversion.
La région est d’ors et déjà en bonne marche pour faire avancer les choses, et notamment la qualité de l’eau. Le contexte est également favorable, entre les MAET (Mesures AgroEnvironnementales territorialisées), l’émulation humaine, et les coopératives qui sont très intéressées.
Depuis mars 2012, un poste a également été créé : un technicien bassin-versant a été embauché afin de faire des pré-diagnostiques et développer la bio dans les bassins-versants.
Actuellement, il y a 12 sites pilotes en captage, et demain, notre but est d’aller encore plus loin, aboutir sur un projet : la vallée de l’eau bio.
 

En tant qu’agrobiologiste sur Vivier-Courance, pouvez-vous ajouter un mot sur votre propre expérience ?

 
J’ai fait mon diagnostic, il y a 5 ans, en même temps que le MAET. Il s’agissait pour moi d’une réflexion propre, à savoir où allait l’agriculture conventionnelle, accompagnée d’une réflexion économique, en tant que chef d’entreprise. Entre les charges qui augmentaient, les revenus qui baissaient, le marché interne qui semblait opaque.. La situation fin 2007 semblait compliquée.
Mon regard sur les phytos a changé aussi : mon regard, mais aussi celui des voisins, sur la commune. A un moment, je me suis senti formaté, mais le format ne convenait pas. J’avais une sensation de perte d’autonomie, de décision. Je ne supportais plus la prescription phytosanitaire.
Ce fût alors une prise de conscience globale de l’utilité. Je voulais reprendre le contrôle.

Une des questions qui me revient, c’est aussi de savoir quel rôle, quelle place possède un agriculteur. De quel droit ferions-nous atteinte à ce droit universel qu’est l’eau ?
De nombreux rapport ou études (*) permettent de se renseigner sur le sujet.
Outre l’aspect qualitatif de l’eau, il y a l’aspect quantitatif qui est tout aussi important. Le manque provoque une pollution qui se retrouve dans nos régions, souvent en amont de la rivière et qui est subie. Il y encore des choses à faire !

(* Etude PIREN-SEINE de l’agence Seine-Normandie, ou le rapport CGDD du commissariat général, où l’agriculture biologique ressort comme l’élément salvateur principal à l’eau potable.)

Propos recueillis par Olivia Milon, stagiaire Communication à la FRAB.
Remerciements à Guillaume Riou. Actualité d’Agrobio Poitou-Charentes sur www.penser-bio.fr