Alors que la fin des quotas laitiers arrive à grands pas et que nombre de producteurs n’ont pas encore signé de contrats avec leur laiterie, la première organisation de producteurs de lait bio vient de fêter ses 6 mois d’existence. Son nom : Seine et Loire. Son envergure : la Bretagne, la Normandie et les Pays de la Loire. Son objectif : poursuivre la contractualisation dans des termes équilibrés pour les producteurs. Entretien avec Eric Guihery, producteur de lait bio en Mayenne, son secrétaire.

Après six mois d’existence, la jeune OP Seine et Loire réunit déjà 170 éleveurs sur un potentiel de 400, répartis dans les 3 régions du Grand Ouest.

 

7 questions à Eric Guihery

Virginie Jourdan. : Où en est-on de la contractualisation en bio ?

Eric Guihéry : Bien qu’encore faible, à terme, la contractualisation individuelle entre le producteur et sa laiterie va se faire. En revanche, nous avons conseillé de ne pas signer en tant que ce dernier n’était pas plus équilibré en termes de sécurité de collecte et de prix pour le producteur. Dans les premiers contrats portés à notre connaissance, les laiteries avaient tout droit de faire évoluer les volumes et les prix. Certaines laiteries n’ont pas non plus pris la peine de proposer des contrats spécifiques aux producteurs bio qui inclut la plus-value de l’agriculture biologique. Il y a un an et demi, une proposition de contrat tripartie a été transmise à toutes les laiteries privées. Il incluait la présence d’un OP pour faire peser le poids du collectif, car individuellement, un producteur ne pèse rien. Nous n’avons pas reçu de réponses positives. Actuellement, le ministère de l’Agriculture s’est emparé du sujet de la contractualisation. In fine, l’intérêt pour les éleveurs d’adhérer à Seine et Loire est de peser pour équilibrer la relation entre le producteur et sa laiterie. Le travail de Seine et Loire est de faire en sorte que le contrat proposé soit plus équitable.

Virginie Jourdan : Rien n’oblige un producteur à signer un contrat avec sa laiterie. S’il l’a déjà fait, peut-il tout de même adhérer à Seine et Loire ?

Eric Guihéry : La réponse est clairement oui. Et c’est justement parce qu’il a signé un contrat individuel avec sa laiterie qu’il est nécessaire pour lui d’adhérer à l’OP et de lui donner mandat. L’OP est un contre-pouvoir important pour équilibrer les relations entre les producteurs et les laiteries. L’administration nous donne d’ailleurs ce statut pour compenser l’arrivée de la contractualisation augurée par la loi de modernisation agricole, la LMA. Avec l’OP, nous pouvons officiellement avoir des discussions sur les volumes et les prix avec les laiteries puisque, à présent, ni France Agri Mer ni l’interprofession ne sont autorisées à en discuter.

V.J. : La contractualisation individuelle reste donc d’actualité ?

Eric Guihéry : Oui, car les producteurs sont attachés à garder un certain volume qui correspond au système qu’ils ont mis en place. A ce titre, le contrat individuel est donc important. L’OP Seine et Loire, elle, se positionne sur une évolution du cadre du contrat. Nous souhaitons peser sur l’intégration de clause qui protège, par exemple, les producteurs qui se trouvent dans les zones les plus éloignées de collecte. Mais ceux qui ont déjà signé leur contrat n’ont pas à s’inquiéter pour autant car leurs contrats seront amendés ou renégociés de manière à avoir un cadre équitable pour tous.

V.J : Avec la fin des quotas, quel est l’intérêt pour un producteur d’adhérer à Seine et Loire plutôt que de simplement contracter en individuel avec sa laiterie ?

Eric Guihéry : Contractualiser en direct avec sa laiterie, c’est, en l’état actuel des choses, être dépendant de décisions unilatérales sur le prix et les volumes. Avec la fin des quotas, notre crainte est de voir les laiteries instaurer une production équivalente à 105% des besoins, au risque de créer une surproduction et de tirer le prix du lait bio vers le bas. A Seine et Loire, nous souhaitons que la production soit en phase avec le marché et nous devons donc connaître les besoins des laiteries. Nous pensons que ces 5% de surproduction sont envisageables sous certaines conditions et nous sommes d’ailleurs prêts à en discuter ouvertement. L’enjeu étant que ce pourcentage puisse être réparti entre les producteurs de l’ensemble du territoire, des installations ou des conversions, mais sans déstabiliser les acteurs du marché. Sur cette question, la forme que prendra ce partage est encore à inventer et nous y travaillons.

V.J. : Avez-vous déjà les moyens de peser dans les négociations sur le prix du lait bio ?

Eric Guihéry : C’est difficile à dire. Nous savons qu’une évolution à la hausse est prévue à partir de juillet. C’est important car nous avions reculé en 2012. Les revenus des producteurs ne seront pas encore au beau fixe puisque les augmentations des coûts de production demeurent. Ensuite, savoir si cette hausse tient à l’état du marché ou bien à la naissance de l’OP, c’est dur à dire.

V.J. : Quel seuil critique d’adhésion doit atteindre Seine et Loire pour espérer négocier les prix et les volumes et garantir une juste rémunération aux producteurs ?

Eric Guihéry : Dans l’idéal, nous aimerions un taux d’adhésion de 80 à 90% des éleveurs laitiers bio du Grand Ouest pour nous donner encore plus de légitimité. En même temps, nous allons atteindre les 50% de représentativité et nous avons déjà une légitimité grâce aux volumes que nous représentons. Dépasser les 50%, c’est être majoritaire et donc incontournable.

V.J. : Votre OP est maintenant officiellement reconnue par le ministère de l’Agriculture depuis 6 mois, où en sont vos relations avec les laiteries partenaires ?

Eric Guihéry : Après un accueil assez froid de l’annonce de la naissance de l’OP, les laiteries ont constaté que nous avions une représentativité car les associations de territoires, qui constituent l’essentiel de nos adhérents, fonctionnaient avant l’annonce même de la LMA. Et il n’y a pas d’autres organisations de producteurs biologiques au-niveau laitier. Nous tenions à ce que cette OP soit transversale entre producteurs de plusieurs de laiteries. Et c’est ce que nous sommes. Les laiteries ont donc eu peur de voir des producteurs d’autres laiteries venir négocier au nom de l’OP. Nous comprenons cette crainte. C’est pourquoi, dans notre convention de partenariat, nous créons des commissions de producteurs par laiterie pour négocier les volumes et les prix. Nous attendons les retours sur cette convention mais nous sommes optimistes. La pleine confiance va venir même si nous n’y sommes pas encore. En même temps, avoir été reconnue OP est une vraie force puisque nous sommes habilités à être les interlocuteurs pour discuter des volumes et des prix.

 

>> Les 7 associations de producteurs qui ont présidé à la création de l’OP Seine et Loire

Association des producteurs lait bio (A.P.L.Bio) Bray : Jean-Marie Bruyelles (06 24 33 31 34), A.P.L.Bio Lactalis-Clécy : Eric Guihery (06 76 60 03 90), A.P.L.Bio Lactalis-Vitré : Philippe Bonenfant (06 73 00 92 50), A.P.L.Bio Montsûrs : Patrice Lefeuvre (06 87 79 00 50), A.P.L.Bio Saint-Père : Patrick Chevrier (06 34 90 62 95), A.P.L.Bio Triballat-Cahagnes : Karin Sidler (06 77 86 22 59), A.P.L.BioTriballat-Noyal : Christian Mogis (06 08 17 31 07).

 

>> Un Conseil d’administration représentatif de la dynamique Grand Ouest

Afin de ne privilégier aucune laiterie, le conseil d’administration de Seine et Loire est composé de 5 co-présidents, d’un secrétaire et d’un trésorier tous issus d’une laiterie différente.

Mathieu Grenier (coprésident) représentant de l’A.P.L.Bio Bray, Eric Guihery (secrétaire) représentant de l’ A.P.L.Bio Lactalis-Clécy, Jean-Pierre Lemesle (coprésident) représentant de l’A.P.L.Bio Lactalis-Vitré, Patrice Lefeuvre (coprésident) représentant de l’A.P.L.Bio Montsûrs et président de Lait Bio de France, Yannick Tessier (coprésident) représentant de l’A.P.L.Bio Saint-Père, Karin Sidler (trésorière) représentant de l’A.P.L.Bio Triballat-Cahagnes, et vice-trésorière de Lait Bio de France, Olivier Costard (coprésident) représentant de l’A.P.L.Bio Triballat-Noyal.

 

>> Seine et Loire en pratique : qui adhère et comment ?

Les modalités pour adhérer. Les éleveurs adhèrent en direct. Pour cela : remplir un bulletin d’adhésion et un mandat en double exemplaire et s’acquitter d’une cotisation annuelle de 0,80€/1000 litres sur la production annuelle, payable par trimestre par chèque ou par prélèvement sur la facture de lait selon accord avec les laiteries partenaires. Les bulletins d’adhésion, mandat, statuts, règlement intérieur, autorisation de prélèvement sont envoyés sur simple demande à l’adresse opseineetloire@gmail.com.

Les 5 laiteries partenaires : Montsûrs, Lactalis, Triballat, Saint-Père, Danone.

Venez rencontrer et discuter avec les membres de l’Organisation de producteur Seine et Loire, le vendredi 11 octobre de 15h15 à 16h45 lors de la conférence : « L’organisation collective, un bon moyen pour structurer les filières », organisée à l’occasion de La Terre est notre métier. Salle Galatée 2. Inscription sur www.salonbio.fr