En bio, il y a un concept fondamental qui est l’autonomie. C’est une des clés aussi d’une agriculture climato-intelligente selon vous ?
Oui, c’est un peu ce qu’e j’ai dit précédemment. Si on se limite à l’effet de serre, le bio a beaucoup d’intérêt, puisque les avantages en cas d’émission de GES sont liés à la proximité des lieux de production et de distribution. L’autonomie oui, si bio est aussi synonyme d’essayer de limiter la consommation d’énergies sur la ferme. Il faut aussi regarder la stratégie qui sous tend le bio : les stratégies de proximité, d’autonomie, d’économie circulaire sont des aspects qui sont intéressants. Donc, ce sont ces valeurs d’autonomie, de proximité qui peuvent faire la valeur de l’agriculture biologique en terme de lutte contre le réchauffement climatique.
Par exemple, en terme d’autonomie, la Bretagne est une région d’élevage, ça veut dire maximiser le pâturage, avoir un recours minimum aux intrants, ne pas faire venir du soja d’Amérique du sud, etc.
J’étais, il y a peu, invité à un débat avec des agriculteurs bretons, il y a un vrai débat entre producteurs. Pas forcément entre bio et non bio, mais entre ceux qui ont pris conscience qu’il fallait changer et ceux pour qui le réchauffement climatique n’est pas un problème. Il y a un vrai enjeu de les confronter aux conséquences de leurs pratiques et l’angle climatique fonctionne bien.

Il y a beaucoup de sols qui sont en friche dans le monde, Monique Barbut, Secrétaire exécutive de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification explique que la restauration de 500 millions d’hectares en friche permettrait de contenir le réchauffement climatique à moindre coût d’ici 2050 (100 $.ha)… C’est une bonne solution selon vous?
Oui, c’est dans cette optique qu’est née l’initiative 4 pour 1000 de l’INRA, qui a pour objectif d’augmenter le stockage du carbone dans les sols de 4 pour 1000 par année. Tout ça se crée aussi via des changements de pratiques (Sans labour, biochar…). Ce n’est pas si simple de ramener du carbone dans les sols sur 500 millions d’hectares. Donc il faut y aller progressivement. Il faut stocker plus de carbone dans les sols, faire attention au destockage. C’est une voie à prendre, parce qu’on comprend que stocker du carbone dans le sol, ça permet d’ôter du CO2 de l’atmosphère, du carbone qui a de plus l’avantage de ne pas se redécomposer rapidement. Et puis, je comprends que ça joue de façon importante sur la productivité des sols. Effectivement, c’est une approche gagnant-gagnant, même si son application n’est peut être pas si évidente à mettre en œuvre. Mais je suis d’accord avec cette initiative, qui peut s’appliquer concrètement.

Comment chacun peut se mobiliser, faire bouger les politiques, notamment face au poids des lobbies ?
En mobilisant, en parlant, en donnant des exemples, comme vous le faites à Retiers. Je pense que du point de vue bio, ce qui est important, c’est de montrer ce qui marche, les succès, montrer des gens qui le font et s’en tirent la tête haute. C’est un effet d’entraînement. Je ne crois pas qu’il faille opposer bio et non bio. Il faut aussi intégrer ces aspects réchauffement climatique dans les stratégies agricoles. Et c’est important pour l’agriculture en général. Il faut effectivement poursuivre dans cette dynamique, parce qu’on est loin des objectifs du Grenelle.

 

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