Directeur de Recherche Emérite au CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives), Jean Jouzel a fait dans cet organisme l’essentiel de sa carrière scientifique largement consacrée à la reconstitution des climats du passé à partir de l’étude des glaces de l’Antarctique et du Groenland. Il a participé au titre d’auteur principal aux deuxième et troisième rapports du GIEC (co-lauréat du Prix Nobel de la Paix en 2007), dont de 2002 à 2015 il a été vice-président du groupe de travail scientifique. Il sera présent jeudi 29 septembre, à Retiers, pour une conférence dédiée aux rapports bénéfiques que peuvent entretenir agriculture biologique et climat.

On entend de plus en plus parler de réchauffement climatique, qu’y a-t-il derrière cette notion ?
Le réchauffement climatique est là, il est perceptible. Il n’est pas encore dangereux, mais pour reprendre la conclusion du rapport du GIEC : le réchauffement climatique est sans équivoque. On ne peut pas être plus clair pour la communauté scientifique. Et, le deuxième point important, c’est qu’on confirme la responsabilité des activités humaines à travers l’augmentation de l’effet de serre due, en premier lieu, à l’utilisation des combustibles fossiles. Du point de vue de la communauté scientifique, même si on voit quelques climato-sceptiques, qui ont tout à fait le droit de s’exprimer, le diagnostic est assez clair. Le réchauffement climatique est là, il se traduit dans l’atmosphère, mais aussi dans l’océan, par exemple avec l’élévation du niveau des mers. Donc, la communauté scientifique a d’une part des arguments très convaincants concernant cette réalité. D’autre part, il y a des risques de réchauffement important d’ici la fin du siècle.

Y’a-t-il une réelle prise de conscience, notamment politique, du réchauffement climatique?
La convention climat, signée en 1992, s’appuyant d’ailleurs sur les travaux successifs du GIEC, avait déjà l’objectif de stabiliser les émission de gaz à effet de serre. C’est vrai qu’il y a une dualité entre le diagnostic des scientifiques et la prise de conscience des décideurs politiques, en particulier à travers les conventions climat, les COP successives. Néanmoins, le réchauffement climatique est aujourd’hui une réalité bien comprise du monde politique au sens large. Mais, quand on parle de réchauffement climatique, les gens imaginent que c’est ce qu’on vit aujourd’hui, alors que ça n’a rien à voir. Celui dont on parle, c’est celui auquel on va faire face si rien n’est fait pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre : 4 à 5 degrés à la fin du siècle, c’est quasiment inimaginable, c’est un monde complètement différent. Et c’est l’action d’aujourd’hui qui doit empêcher d’en arriver là.

Justement, on parle de ce fameux seuil de 2° à ne pas dépasser d’ici 2050… Que se passerait-il si on le dépassait ?
Par exemple, si on passait ce seuil, la production agricole mondiale serait affectée négativement. Si on regarde les productions des 4 cultures vivrières principales (blé, maïs, riz et soja), des régions vont gagner en productivité et d’autres vont perdre en productivité. Mais dans un contexte de réchauffement climatique important, les régions qui perdent prennent largement le pas sur les régions qui gagnent. Donc, c’est une réalité extrêmement tangible. La productivité agricole, en cas de réchauffement climatique important baisserait. C’est déjà vrai en France, où on voit que les rendements du blé stagnent. L’INRA attribue ça au réchauffement climatique.