Formé sur le sol par Yves Hérody, Yves Hardy est conseiller indépendant en agronomie. Son travail : réaliser des formations, effectuer des interventions auprès des agriculteurs et via les Bassins Versants (BV), réaliser des analyses laboratoires. Il sera présent au salon La Terre est Notre Métier pour une conférence sur la thématique du sol. Il animera également des ateliers fosse pédologique.

Que représente le sol pour vous ?
Des sols il y en a partout. Après, il y a les sols qui nous intéressent : ce sont les sols agricoles. Il faut bien faire le distinguo entre le sol agricole et le sol naturel. Pour moi, le sol agricole va être le « support » de la production agricole, c’est notre source de nourriture, nous sommes vraiment dépendant de lui. Nous, nous sommes dépendant des végétaux, et le végétal lui, est dépendant du sol. Donc préserver le sol pour nous, c’est une question de survie. S’il n’y a pas de sol, il n’y a pas de vie. C’est la base de notre écosystème.

Y a-t-il des erreurs à éviter absolument pour préserver un sol agricole ?
Pour moi, la première erreur c’est de ne pas savoir comment son sol fonctionne. On a longtemps vu le sol comme un support parce qu’on avait une vision relativement caricaturale. Ne pas connaitre les principaux facteurs qui font que le sol fonctionne, c’est la première erreur à mon sens, parce que sans comprendre, on ne peut pas adapter ses pratiques.

Il ne faut pas oublier les fondamentaux : température, air et eau

Ensuite l’éternelle question : « Qu’est-ce qu’il faut que je mette pour que ça pousse ? »…  Souvent le problème est ailleurs. Il ne faut pas oublier les fondamentaux : température, air et eau.
Concernant les pratiques, en Bretagne, on aime bien le « tout ou rien » : zéro chaulage ; trop de chaulage, et en poudre en plus ; sans labour systématique ou au contraire labour systématique… Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises pratiques, c’est juste que c’est approprié ou que ça ne l’est pas. Par exemple, en Bretagne, les défauts que je constate sont au niveau de l’incorporation de la Matière Organique (MO), du travail du sol et du manque d’apports calcique. On a des sols globalement acides, c’est normal, un sol qui fonctionne s’acidifie avec l’activité microbienne. Les apports calciques sont pour moi les apports prioritaires à garder sur nos sols bretons.
Enfin, la dernière erreur : laisser son sol sans couverture ! Laisser son sol nu, c’est le priver d’énergie… Cela favorise l’érosion et le lessivage, et oblige le sol à puiser dans ses réserves qui ne seront alors plus disponibles pour la plante.

Selon vous, quelle place le sol prend-il dans le système global et comment devrait-il être perçu demain par vos pairs ?
Le sol et la plante, ce sont les interfaces. Le sol a une place centrale. Pour produire la nourriture, pour le moment, jusqu’à preuve du contraire c’est ce qui est le mieux. On a besoin du sol pour survivre. On ne doit pas oublier que l’agriculture, si elle est mal faite, génère de l’érosion et participe à la dégradation des sols. C’est pour cela qu’il faut aussi replacer le sol dans son paysage. Favoriser le maillage bocager par exemple pour réguler à minima l’eau. Il faut toujours se demander si les fondamentaux sont réunis : température, air, eau. Il faut aussi ne pas oublier de faire du terrain, c’est ça le référentiel. Faire du terrain à plusieurs, et échanger, ça permet d’aller plus loin, de réfléchir autrement. Il faut repenser la façon de penser son sol.
Le rôle de l’agronome, du technicien ou du conseiller est alors d’accompagner l’agriculteur dans sa démarche de réflexion. Il ne semble pas y avoir de « recettes miracles », il faut apprendre à connaître ses sols pour adapter ses pratiques agricoles à ses terres.

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