Marc Dufumier : « L’agriculture biologique pourrait nourrir le monde en 2050 »

Lorsque Marc Dufumier rêve d’un monde entièrement bio, ce n’est pas la tête dans les nuages mais avec l’esprit attentif, l’œil vigilant et les pieds sur terre. Des pieds qui ont foulé le sol et l’ont emmené étudier les méthodes agricoles du monde entier, en particulier celles des pays du Sud.

Dans son dernier ouvrage, s’intitulant Famine au Sud, malbouffe au Nord, Comment le bio peut nous sauver ? (éd. Nil, 2012), Marc Dufumier nous livre une étude et son opinion sur l’agriculture mondiale contemporaine, jugée humainement incohérente.

Et c’est justement à ce sujet qu’il viendra, vendredi 12 octobre, nous présenter le fruit de ses recherches, lors d’une conférence sur le salon La Terre est notre métier, intitulée : « Agriculture bio et semences paysannes ». Elle portera principalement sur les questions du développement durable et de la production alimentaire à échelle mondiale dans l’agriculture biologique, en gardant comme approche les semences et la sélection participative.

En voici quelques courts extraits :

Quels bénéfices peut-on tirer des résultats de la recherche agronomique sur les semences à ce jour?

« Les agronomes ont […] concentré surtout leurs efforts sur la sélection génétique et la création d’un nombre limité de variétés de riz, blé, maïs et soja, à haut potentiel de rendement à l’unité de surface. Les autres espèces végétales, telles que les millets, le sorgho, le sarrasin, le bananier plantain, les haricots et de nombreuses légumineuses, ont beaucoup moins retenu l’attention des chercheurs, [et] les paysanneries dont les écosystèmes ne se prêtaient pas à la mise en culture des quelques espèces et variétés sélectionnées en stations expérimentales, dans des conditions parfaitement maîtrisées, n’ont donc guère pu mettre à profit les résultats d’une recherche agronomique dont les critères de sélection restaient en fait très éloignés de leurs préoccupations. »

Peut-on parler d’amélioration des variétés sélectionnées ?

« Améliorées pour qui ? Le critère du potentiel de rendement à l’unité de surface serait-il toujours conforme aux intérêts des paysans du Tiers Monde ? En quoi «améliorer» un rendement reviendrait-il toujours à l’accroître, à n’importe quel coût en travail et en produits chimiques ? […] Certes, il ne conviendrait pas d’accuser les agronomes de tous les maux et de les rendre responsables de la pauvreté d’agriculteurs, [mais] ne leur faudrait-il pas d’abord reconnaître que le travail des agriculteurs ne se limite pas seulement à la conduite d’une culture ou d’un troupeau, mais consiste en l’artificialisation d’écosystèmes complexes ? […]

Le défi est de tout faire désormais pour que des agronomes spécialisés en génétique, sciences du sol, nutrition animale, défense et protection des cultures (etc.), soient aussi capables d’avoir une vision globale des écosystèmes et des sociétés paysannes pour lesquels ils prétendent travailler. Leur donnera-t-on un jour les moyens et la liberté pour le faire ? »

Le modèle agricole dominant pourra-t-elle nourrir le monde en 2050 ?

« Le fait est que les disponibilités alimentaires ont augmenté à une vitesse bien supérieure à celle de l’accroissement démographique, dans de nombreuses régions du Tiers Monde. L’emploi de variétés à haut potentiel de rendement, le recours à l’irrigation et l’utilisation intensive d’engrais chimiques et de produits phytosanitaires, sont à l’origine de ces succès, du moins dans les régions où les conditions agro-écologiques et socio-économiques étaient les plus favorables : Pendjab indien et pakistanais, plaines alluvionnaires du Sud-est asiatique, périmètres irrigués du Nord-est mexicain, etc. »

Et avec une production exclusivement biologique ?

« Il serait possible de nourrir correctement 9,2 milliards d’habitants en 2050 avec une agriculture strictement biologique. La faim et la malnutrition n’ont pas pour origine une insuffisance de disponibilités en calories alimentaires à l’échelle mondiale puisque celles-ci sont d’ores et déjà équivalentes à 330 kg de céréales par personne et par an alors même que les besoins ne sont que de l’ordre de 200 kg. C’est la pauvreté qui est à l’origine de la faim et de la malnutrition : les pauvres ne parviennent pas à acquérir les disponibilités excédentaires et ces dernières vont de préférence vers les seuls marchés solvables : l’alimentation du bétail pour nourrir ceux des riches qui mangent de la viande en excès et l’abreuvement de nos automobiles en agro-carburants. »

 

Conférence :

« Agriculture bio et semences paysannes », vendredi 12 Octobre, 16h-18h.

Réservation fortement conseillée.

 

Biographie :

Marc Dufumier est ingénieur agronome, spécialiste du développement et professeur à AgroParistech. Il est régulièrement sollicité par les gouvernements étrangers faisant face à des crises alimentaires ou agricoles. Il est également auteur des Agricultures africaines et marché mondial, Fondation Gabriel Péri, 2007.


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